Le Petit Edito...

Enfin le redémarrage tant attendu ...

Beaucoup de musique et de chansons  comme toujours au Bistrot, qui vient d'être  largement agrandi. 

Jams sessions autour de musiciens de talents qui invitent leurs amis et tous ceux qui souhaitent faire le boeuf avec nous.Fanny, Alain Willems, Jeff,  Patrick Barjou , Mato le magique musicien  tahitien, Blue (alias Marine), Gavin et d'autres viendrons driver ces jams durant ce printemps été 2020. 

 Et en cadeau, comme souvent, quelques belles surprises ... 

Bises à tous

Je voulais vous faire part d'un très joli texte, envoyé par Lisa, une visiteuse d'un soir, qui nous a beaucoup touchés. 

Le voici:

Pleine lune à Bars

 

Nous l’avons rencontré hier soir dans un village de Dordogne nommé Bars (oui, bars au pluriel), perdu du côté des grottes de Lascaux, sur la route des canons (oui oui, des canons), en Périgord Noir.

 

En réalité il n’y en a qu’un, de bar, mais il les vaut tous : le Bistrot Gourmand, ouvert voilà quatre ans par Marianne et Jeff, dans leurs vies précédentes Chef cuistot en Normandie et batteur de Paul Personne, Souchon, Goldman ou Johnny… un Bistrot qui donne envie de tout planter pour s’installer en rase campagne, avec lui pour voisin.

Partage, simplicité, chaleur, bonne humeur et autre convivialité ? Ici rien de galvaudé, on n’en parle même pas, ça va de soi.

 

C’est là que se produisait Dick Grisdale.  Je ne savais rien de lui, si ce n’est quelques morceaux entendus sur YouTube une heure avant le concert, qui m’avaient convaincue de ne pas le rater.

Ecoutez-les, ses créations magnifiques : Mercy Lying, Treasure, Lady Who Knows of the Sea… d’où s’échappent des fulgurances de son sombre et hypnotique acolyte de Brighton, Nick Cave. Ecoutez aussi ses reprises très personnelles de Bashung ou Cohen qui pansent la blessure de leur mort. Ou encore Amsterdam qui nous remue malgré le brouhaha ambiant. Il y en a d’autres si vous supportez le son pourri de YouTube. Vous pouvez aussi farfouiller sur Facebook, le découvrir en groupe avec Lazarus Heights…

 

Dick Grisdale vit en Dordogne, depuis un moment sûrement. Il parle et chante un français à l’accent anglais rocailleux, ce qui est rare et nous repose du flux inverse. Égal en talent et frère des monstres du pop-rock, il emprunte à chacun un morceau, parfois deux, qu’il fait siens et qu’il rend avec douceur, naturel, en crooner ou en puissance, sans rien forcer, sensible et juste, lui sans postures, sans chichis quoi, authentique en un mot. Et increvable : il a tenu plus de TROIS heures comme ça, presque quatre, s’accompagnant à la guitare, enchaînant les morceaux, les siens et ceux des autres, innombrables, de Nick Cave à Christophe, de Cohen aux Stones, de Bashung aux Beatles et Iggy Pop, de Patti Smith à Bowie et Jacques Brel, de Lou Reed à Elvis Presley et même Procol Harum… j’en passe évidemment.

 

N’y tenant plus à l’écoute de Sympathy for the Devil, Patou-Patrick, travailleur GRDF et pompier à plus de 500 km de là mais habitué du Bistrot (les vertiges de l’amour réduisant les distances) s’est jeté dans la danse,  parodiant avec sensualité et humour Mick Jagger, lequel s’est trouvé d’un coup avantageusement dédoublé en Dick pour le chanter et Patou pour le danser.

Formidable.

 

Hier soir, Dick Grisdale voyageait en solitaire, comme Manset qu’il chante aussi, mais sur scène uniquement, car dans la vie, cet échalas aux mains de bûcheron qui n’emmêlent pas les cordes est accompagné de Louise Brooks qui aurait brisé le miroir pour revenir danseuse, tutu noir et godillots, mi elfe-mi colibri, toute amour pour lui.

 

Ah l’amour… Il circule partout ici, sur scène, dans la salle, autour du bar, dans la cuisine de Marianne, dans la prune du jardin.

 

Pour finir, j’ai posé une seule question à Dick : pourquoi personne n’était parvenu à le propulser, malgré lui, sur les grandes scènes du monde, puisque de toute évidence, il a choisi d’ignorer la raide ascension de la notoriété. De sa réponse bredouillée, j’ai compris que

–UN : il s’en est toujours foutu

–DEUX : déjà très jeune il se trouvait trop vieux pour ça

-TROIS : qu’il était occupé à l’usine de tabac de Sarlat, mais elle vient de fermer.

L’espoir reste permis.

 

Hier soir, à l’heure du départ, c’était clair de lune en Périgord. En suivant nos ombres vers le haut de la colline, nageant dans la lumière, roulant dans l’herbe, Bars, paisible et silencieux nous fredonnait tout bas, à l’oreille, un petit air de San Francisco.

 

Lisa